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En Bretagne, Fillon veut dépasser les affaires

François Fillon et François Baroin, jeudi, à Quimper. Crédits photo : PHILIPPE WOJAZER/REUTERS

Envoyé spécial à Brest et à Quimper

Faut-il parler des affaires pour se défendre ou poursuivre la campagne en restant indifférent aux épisodes qui se succèdent jour après jour? François Fillon semble hésiter sur la stratégie à suivre. À moins d’un mois du premier tour, le candidat de LR préférerait enjamber ces questions qui empoisonnent sa campagne depuis janvier. En déplacement en Bretagne, jeudi, il a évité toute allusion à l’enquête qui le touche jusqu’à son discours en meeting à Quimper. «Dans cette élection où aucun débat de fond n’a lieu, où tout est fait pour reconduire l’équipe sortante», le candidat a détaillé son projet devant environ 3000 personnes. «De tous les candidats, je suis le seul qui ait autre chose à proposer à la France qu’un saut dans l’inconnu, un écran de fumée ou un statu quo déplorable. Je suis le seul qui ait un cap», a-t-il certifié. «Je ne suis pas un produit marketing, ma parole ne m’est pas soufflée par le microcosme», a-t-il poursuivi dans une critique à peine masquée d’Emmanuel Macron, le candidat d’En marche! qui l’a remplacé dans le statut de favori de l’élection.

Emmanuel Macron, ou «Emmanuel Hollande», comme l’appelle dorénavant François Fillon, est devenu la cible prioritaire. Pour preuve, François Baroin lui a consacré l’essentiel de son discours. Selon le député maire de Troyes, Emmanuel Macron est un «mauvais génie inspirateur», un «Brutus flanqué des deux tiers du gouvernement», «une bouée de sauvetage pour ceux qui veulent empêcher à tout prix notre retour à la tête du pays». «Il est de gauche avec la gauche, au centre avec le centre, à droite avec la droite», a encore déclaré l’ancien ministre dans un discours qui s’inspirait grandement de sa dernière prestation à la même tribune que François Fillon: c’était au meeting de la Villette, à Paris, le 29 janvier. Cinq jours après les premières révélations du Canard enchaîné sur l’emploi de Penelope Fillon. Autant dire une éternité. En prenant la parole après François Baroin, François Fillon ne s’est pas attardé en compliments. «Merci François de ta présence à mes côtés, a-t-il simplement lancé. Tu symbolises la majorité que nous aurons pour redresser le pays.»

L’ombre des affaires toujours présente

Si François Fillon a soigneusement nettoyé son discours de toute allusion explicite à ses ennuis judiciaires, l’ombre des affaires plane toujours sur sa campagne. Le matin, invité de la matinale de RTL, le député de Paris s’était de prime abord montré catégorique sur la question. «Vous pouvez continuer à me poser des questions sur les affaires, je n’y répondrai pas», a-t-il d’abord prévenu. Quarante-huit heures après la mise en examen de Penelope Fillon dans le cadre de l’enquête sur l’emploi d’attachée parlementaire, François Fillon a malgré tout tenu à se défendre.

Que les juges doutent de la réalité du travail de son épouse et voilà le candidat qui sort de ses gonds. «La démonstration a été faite que cette accusation était fausse, a-t-il assuré. Je vous le dis dans les yeux que jamais les juges ne pourront démontrer que l’emploi de mon épouse était fictif.»

Difficile, encore, de faire campagne sans parler des affaires quand François Fillon a accusé, jeudi dernier, sur France 2, le président de la République d’être à la tête d’un «cabinet noir ». S’appuyant sur le livre Bienvenue Place Beauvau, «qui explique qu’il y a tout un réseau qui a été mis en place pour faire remonter les écoutes judiciaires», Fillon a regretté que «ça ne suscite pas la moindre interrogation», avant de promettre que «si jamais le parquet ne se saisissait pas, nous demanderions après la présidentielle et les législatives qu’une commission parlementaire enquête sur cette question».